Edito de Baverez , le Point
Je compte parmi les premiers jeunes français qui ont franchi le Rhin, comme fédéralistes européens, pour découvrir l'Allemagne au début des années 60.
J'y ai alors vécu 2 ans. J'avais 22 ans.
J'ai découvert un pays aux ressources morales et intellectuelles complètement ignorées de la France engoncée dans ses vitupérations.
Je savais que c'était une grande puissance qui se reconstruisait et qui serait une charnière: il était en effet aussi évident que ce pays serait un jour réunifié. On ne coupe pas un pays en 2 (et Fassbinder, le mariage de Maria Braun, s'est lourdement trompé!)
Et nous avons complètement raté le coche, nous Français. Car il y avait alors une incroyable cote d'amour en Allemagne pour la France que matérialisait la réédition d'un livre à succés: Wie Gott in Franreich leben: vivre comme Dieu en France.
Nous avons raté l'Histoire, justement parce que nous croyons que notre passé suffisait pour nous garantir notre avenir: piège d'orgueil, piège d'un sous développement idéologique.La France était aussi plombée par son communisme.
La question de l'immigration qui vient alourdir nos handicaps est aussi une manifestation du déclin de nos vertus...passées.
Peut être , sans doute même, sa destruction fut elle pour l'Allemagne sa chance historique. Ca on ne fait pas du neuf avec du vieux et, à partir d'Hiroshima, tout êtait neuf.
Si le Président d el'Europe est le personnage falot qu'on dit, s'il ne se révèle pas comme certains papes élus en raison de leur faiblesse, alors on pourra dire que la France porte une lourde responsabilité historique dans l'échec européen qui non seulement aggravera le sien mais en révèlera l'origine: notre incapacité de vieillards!